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  • Antonia Leney-Granger

Festival Manipulate 2019 - Quelle aventure!

En 2018, j’ai eu la chance d’obtenir un parrainage festival de la part de la Commission des Festivals internationaux de l’UNIMA Internationale. Grâce à cette bourse, j’ai pu m’envoler en février 2019 pour Édimbourg en Écosse pour assister au festival de théâtre visuel et de marionnettes Manipulate.


Lors de mon séjour, j’ai assisté à plus de 30 spectacles, laboratoires et propositions artistiques en tout genre, en plus de participer à une classe de maître sur la marionnette et la parole menée par la grande marionnettiste britannique Sarah Wright et l’un des pionniers de la marionnette contemporaine en Écosse, Gavin Glover. Grâce à cette formation, j’ai pu rencontrer d’autres artistes et créateurs locaux et créer des liens avec plusieurs marionnettistes de la scène écossaise actuelle.


L’emplacement du festival, niché au Traverse Theatre au coeur de la vieille ville, est idéal. De plus, tous les spectacles ont lieu dans l’une des deux salles du théâtre qui débouchent sur l’espace commun où se trouve le bar-café, ce qui permet de rassembler artistes et festivaliers dans un seul endroit et de multiplier rencontres et discussions.



En outre, le logement offert par le festival Manipulate, dans une magnifique villa au coeur de la ville, a accueilli plusieurs groupes d’artistes tout au long de la semaine. J’ai donc pu échanger avec des marionnettistes étrangers à la démarche admirable tels qu’Ishmael Falke et Sandrina Lindren de la compagnie finnoise Levsmedlet theatre ou Sabine Moleenar, danseuse contemporaine établie en Belgique.


Pendant mon séjour à Édimbourg, j’ai assisté à de nombreuses propositions artistiques différentes et marquantes. La diversité des oeuvres présentées m’a appris beaucoup sur la notion de théâtre visuel, qui inclut la marionnette et le théâtre d’objets mais permet une gamme encore plus vastes de formes et de propositions. La narration visuelle permet souvent d’évoquer des réalités tout en laissant au public une large part d’interprétation, créant ainsi une dramaturgie complexe à la portée universelle.


J’ai beaucoup apprécié que de nombreuses propositions traitent de sujets d’actualité ou de phénomènes sociaux tels que l’itinérance, la crise des migrants ou les superbactéries résistantes aux antibiotiques. Les possibilités de changements d’échelle, de symbolisme et de poésie de la marionnette me semblent de parfaits outils pour réfléchir et mettre en images de telles problématiques complexes afin de les rendre accessibles et touchantes pour le public. J’ai aussi remarqué les efforts de l’organisation pour maximiser l’accessibilité des événements, notamment par la présence fréquente d’interprètes en langue des signes près de la scène, afin de rendre le contenu accessible aux personnes vivant avec une déficience auditive. Pour un festival axé sur le théâtre visuel, cette volonté de rendre l’art universellement accessible possible m’a beaucoup inspirée.


J’ai aussi été très touchée par le soutien que Puppet Animation Scotland (l’organisme qui organise le festival) apporte aux artistes locaux et émergents en leur fournissant de nombreuses occasions de présenter leur travail, que ce soit sous forme d’ébauche, de laboratoire public, de forme presque complète ou de spectacle en tournée. Grâce à cette vision, j’ai pu découvrir des formes en chantier d’artistes et de compagnies inspirantes telles qu’Almudena Adalia Calvo, Freda O’Byrne et la compagnie Tidy Carnage.


En outre, le directeur artistique Simon Hart travaille d’arrache-pied depuis 12 ans pour faire reconnaître le théâtre visuel comme forme d’expression artistique, tout en tentant de maximiser le développement professionnel et le rayonnement des marionnettistes d’Écosse. Ce dynamisme et cet engagement envers son milieu ont fait de Manipulate un rendez-vous à ne pas manquer sur la scène d’Édimbourg, ce qui n’est pas peu dire lorsqu’on vit dans la ville qui accueille le plus de festivals au monde, incluant le plus grand festival d’arts de la scène sur la planète, le Fringe!


En plus d’assister aux spectacles ainsi qu’aux projections de films, le parrainage festival m’a permis d’être présente à certains événements de réseautage tels que la rencontre de Puppeteers UK, la branche britannique de l’UNIMA Internationale. Rachel McNally, diretrice artistique du théâtre Puppet Place à Bristol et membre du conseil de Puppeteers UK, était très heureuse de pouvoir dialoguer avec moi sur la marionnette au Québec et au Canada et sur l’engagement de nos membres dans la promotion et le rayonnement de la discipline. De par mon rôle de vice-présidente de l’Association Québécoise des Marionnettistes (AQM), j’espère pouvoir contribuer à multiplier les liens entre nos organismes afin de soutenir le développement professionnels des marionnettistes d’ici et d’ailleurs. Ma présence à Manipulate m’a aussi permis de rencontrer plusieurs artistes établis et diffuseurs s’intéressant à la marionnette contemporaine et au théâtre visuel. De plus, j’ai pu établir des relations professionnelles avec d’autres organismes reliés à la mission de ma compagnie de théâtre, tels que le festival de science d’Édimbourg (Edinburgh Science) ou la Curious School of Puppetry, dirigée par Sarah Wright.


Je suis convaincue que ce voyage constituera un jalon marquant dans ma carrière de jeune marionnettiste. Par la qualité des rencontres, par l’inspiration que les oeuvres présentées m’ont apporté, par les apprentissages et les découvertes faites auprès d’artistes d’ailleurs dont les méthodes teinteront mes prochains projets, il est évident qu’il y aura un “avant” et un “après” Manipulate 2019.


Pour finir, j’aimerais remercier certaines des personnes qui ont rendu ce séjour possible où l’ont marqué de leur présence attentive, généreuse et inspirante: Simon Hart, Melanie Purdie, Nick Wong, Heidi Gordon et toute l’équipe de Puppet Animation Scotland; Louise Lapointe et la Commission des Festivals Internationaux de l’UNIMA Internationale; le Conseil des Arts du Canada et LOJIQ pour leur soutien; Sarah Wright, Gavin Glover et tous les participants à la classe de maître “To Speak or Not To Speak: Puppets and Words”; Freda O’Byrne; Joan Davidson d’Edinburgh Science; Ishmael Falke, Sandrina Lindgren et Sabine Moleenar; Rachel McNally et Puppeteers UK; et bien sûr, tous les artistes qui ont généreusement partagé leur travail devant un public engagé et curieux.


Merci à tous pour ce que vous m’avez apporté. Je garde vos oeuvres et votre présence en moi, et j’espère bien avoir la chance de revenir bientôt de votre côté de l’océan pour développer ou présenter mes projets à venir!


Si vous êtes une marionnettiste de la relève ou une étudiante dans un programme spécialisé, n’hésitez plus et soumettez votre candidature pour un Parrainnage festival! On ne sait jamais ce qu’on découvrira lorsqu’on part loin de chez nous rencontrer des artistes avec les mêmes préoccupations que nous, mais il est sûr qu’on en reviendra grandi. Merci l’UNIMA pour cette expérience inoubliable!


Antonia Leney-Granger

Association Québécoise des Marionnettistes (AQM), UNIMA-Canada



Mes coups de cœur du festival Manipulate 2019


Parmi les spectacles marquants de cette édition 2019 de Manipulate, citons Intronauts de la compagnie anglaise Green Ginger, pour les changements d’échelle et l’idée originale d’imaginer un futur ou de microscopiques “astronautes” se promènent à l’intérieur de nos corps pour nettoyer nos multiples blessures physiques… et psychologiques? Une impressionnante intégration de la projection vidéo qui fait découvrir au public un univers microscopique.

J’ai aussi pu admirer de nouveau toute l’étendue du talent des artistes du Figurenteater Tuebingen d’Allemagne dans Wunderkammer, un cabinet de curiosités rempli de créatures toutes plus majestueuses, délicates, hilarantes ou effrayantes les unes que les autres. Grâce à la finesse de la technique, leurs marionnettes à fils arrivent à concilier une grâce presque méditative avec un rythme précis qui permet la plus réussie des scènes comiques. Wow!

Dans la liste de mes coups de cœur se trouve aussi Sleeping Beauty, de la compagnie française Akselere, un spectacle de théâtre d’objets et d’ombres qui se sert du conte de fées bien connu pour raconter une enfance tragique dans les bas-fonds de Liverpool. La performance est calibrée au quart de tour pour que le suspense nous tienne en haleine tout le long, et la puissance de la charge émotive qui se dégage de cet anti-conte de fées demeure longtemps après la tombée du rideau.

Pour rester dans le théâtre d’objets, j’ai aussi pu revoir Vu, une création de la compagnie française Sacékripa que j’avais adoré découvrir en 2017. Cette prestation quasi indescriptible, à la fois ode à la l’obsession compulsive maladive et numéro de clown qui laisse à peine le temps au public de reprendre son souffle, tient sur un minuscule bureau dans un espace presque vide, avec au plus une vingtaine d’objets tout simples. Une belle leçon de minimalisme et de la puissance de la précision dans le travail de marionnettiste et d’acteur.

Un autre spectacle qui m’a particulièrement frappée est Transmographiles, une proposition des jeunes marionnettistes de la compagnie Hopeful Monster, pour la plupart diplômées de la Curious School of Puppetry dirigée par Sarah Wright. La simplicité de la proposition - des personnage marionnettiques créés à partir de mains assemblées selon des compositions de plus en plus complexes – charme dès le départ, mais c’est le talent et la précision des marionnettistes qui font de cette œuvre en développement un impressionnant tour de force. Définitivement des artistes à suivre!


Enfin, impossible de passer sous silence mon spectacle coup de coeur de Manipulate 2019 : Invisible lands, de Livsmedlet Theatre (Finlande). Dans une dramaturgie sans paroles où les corps deviennent paysages sur lesquels se déplacement périlleusement des figurines en plastique, les deux interprètes nous font suivre le parcours de migrants en fuite, cherchant l’avenir hors de leur contrée. La simplicité du dispositif et de ses variantes créent une suite de motifs à la fois sublimes et tragiques qui évoquent tout le courage, la foi et le sacrifice nécessaires à une telle odyssée. Impossible de vivre ce spectacle sans en ressortir changé, et que notre regard sur tous ceux qui ont du tout laisser derrière pour recommencer à zéro ne soit pour toujours modifié. Un spectacle qui touche à l’universel tout en frappant au coeur chacun de ceux qui ont la chance de le vivre: un théâtre de l’empathie, encore plus nécessaire dans notre ère où la méfiance de l’autre nait souvent trop vite.



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